Retour à 60 ans, maintien à 64 ans, report à 65 ans : le débat sur les retraites oppose profondément les candidats à la présidentielle 2027. Comparez leurs positions, point par point.
Le système de retraite détermine à quel âge les citoyens peuvent cesser de travailler tout en percevant un revenu. En France, près de 17 millions de personnes perçoivent une pension de retraite. Les dépenses représentent environ 14 % du PIB, ce qui en fait l'un des principaux postes de dépense publique.
La France repose principalement sur un système dit par répartition : les cotisations versées aujourd'hui par les actifs servent immédiatement à financer les pensions des retraités actuels. Ce modèle, développé après la Seconde Guerre mondiale, repose sur une solidarité intergénérationnelle.
Le principal défi est démographique. Les Français vivent plus longtemps, les générations du baby-boom arrivent à la retraite, et le nombre de cotisants augmente moins vite que le nombre de retraités. Résultat : le financement devient structurellement plus difficile, même si le solde est aujourd'hui à l'équilibre à court terme.
Trois grandes approches structurent le débat. Travailler plus longtemps : c'est l'approche de la droite et d'une partie du centre — les Français cotisent plus longtemps, perçoivent leur pension moins longtemps. Ses critiques rappellent que l'espérance de vie en bonne santé s'arrête autour de 64-65 ans et que de nombreux seniors sont déjà exclus du marché du travail. Augmenter les recettes : la gauche privilégie davantage de cotisations via l'égalité salariale femmes-hommes, une contribution accrue des hauts revenus, ou une fiscalité sur certains patrimoines. Développer la capitalisation : épargner individuellement pour constituer son propre capital retraite, solution défendue par une partie du centre-droit comme complément au système actuel, critiquée à gauche pour les inégalités qu'elle créerait.
La réforme de 2023, qui a repoussé l'âge légal de 62 à 64 ans, est aujourd'hui au cœur de la campagne : la quasi-totalité des candidats se positionnent pour son abrogation, son maintien ou son durcissement.
Tableau comparatif
Sujet
Mélenchon
Tondelier
Glucksmann
Attal
Philippe
Retailleau
Le Pen
Bardella
Roussel
Zemmour
Arthaud
Dupont-Aignan
Âge légal
60 ans
62 ans
62–64 ans selon carrières
64 ans (maintien réforme 2023)
65 ans
65 ans ou +
62 ans
62 ans
60 ans
64 ans (programme 2022)
60 ans
Contre 64 ans — départ anticipé carrières longues
Financement
Cotisations + redistribution richesses
Cotisations + fiscalité
Réforme négociée partenaires sociaux
Croissance + capitalisation partielle
Travail plus long — pas de hausse prélèvements
Économies budgétaires — allongement cotisation
Économies budgétaires — lutte contre fraudes
Économies budgétaires — réorientation dépenses
Cotisations + hausse salaires
Capitalisation complémentaire — pas de hausse cotisations
Taxation des profits et grandes fortunes
Répartition défendue — pas de capitalisation
Pension minimale
1 200 € net
1 200 € net
1 200 € net
Revalorisation ciblée
Maintien niveau actuel
Maintien niveau actuel
1 200 € net
1 200 € net
1 200 € net
Exonération CSG/CRDS < 1 300 €
Hausse générale — pas de chiffre affiché
Maintien + valorisation petites retraites
Capitalisation
Refus total
Refus
Refus
Développement partiel
Développement épargne retraite
Développement fort
Refus
Refus
Refus total
Développement
Refus total — répartition uniquement
Répartition défendue
Pénibilité
Prise en compte forte
Forte
Renforcée
Critères actuels
Critères ciblés
Limitée
Prise en compte — départs anticipés
Prise en compte
Forte — métiers manuels
Pas de position précise
Forte
Prise en compte — carrières longues
Régimes spéciaux
Maintien
Maintien
Convergence progressive
Suppression engagée
Suppression
Suppression
Harmonisation
Harmonisation
Maintien partiel
Suppression
Maintien — acquis sociaux
Harmonisation progressive
Les lignes de fracture
Gauche de rupture
Mélenchon · Roussel
Retour à 60 ans avec 40 annuités. Financement par hausse des cotisations, égalité salariale et redistribution des richesses.
Gauche écologiste
Tondelier
Retour à 62 ans avec davantage de départs anticipés pour les métiers pénibles et les carrières longues.
Social-démocratie
Glucksmann
Maintien de la répartition avec un âge de départ entre 62 et 64 ans selon les carrières. Réforme négociée.
Bloc central
Attal
Maintien de la réforme 2023 à 64 ans avec développement progressif de l'épargne retraite complémentaire.
Centre droit et droite libérale
Philippe · Retailleau
Report progressif vers 65 ans pour réduire les déficits et préserver le niveau des pensions sans hausse des prélèvements.
Droite nationale
Le Pen · Bardella
Retour à 62 ans financé principalement par des économies budgétaires et une réorientation des dépenses publiques.
Positions détaillées par candidat
Jean-Luc Mélenchon
La France insoumise
Mélenchon défend l'abrogation complète de la réforme 2023 et un retour à 60 ans avec 40 annuités de cotisation. Le financement reposerait sur une contribution accrue des très hauts revenus, une taxation des multinationales, et l'égalité salariale entre femmes et hommes — qui augmenterait mécaniquement les cotisations d'environ 25 % selon ses calculs. Il s'oppose fermement à toute forme de capitalisation et entend maintenir les régimes spéciaux.
Tondelier défend un retour à 62 ans avec davantage de souplesse pour les métiers pénibles et les carrières longues. Le financement combinerait cotisations sociales, recettes publiques et maintien d'un haut niveau de protection sociale. Elle s'oppose à la capitalisation et souhaite que la question des retraites soit traitée en lien avec les inégalités de salaires entre femmes et hommes.
Glucksmann souhaite abroger la réforme de 2023 et rétablir un départ entre 62 et 64 ans selon les carrières, dans le cadre d'une réforme négociée avec les partenaires sociaux. Il maintient un système par répartition renforcé et s'oppose à la capitalisation. Il insiste sur la prise en compte de la pénibilité et la revalorisation de la pension minimale à 1 200 €.
Attal défend le maintien de la réforme de 2023 et l'âge légal à 64 ans. Il souhaite développer progressivement des solutions d'épargne retraite complémentaires afin de préparer le vieillissement sans augmenter fortement les prélèvements obligatoires. Il entend poursuivre la suppression des régimes spéciaux et améliorer l'accompagnement des seniors vers l'emploi.
Philippe va plus loin que la réforme de 2023 : il défend un report progressif de l'âge légal vers 65 ans afin de réduire durablement les déficits du système, limiter l'endettement public et préserver le niveau des pensions sans hausse des cotisations. Il est favorable au développement de l'épargne retraite et à l'unification des régimes.
Retailleau partage la logique de Philippe mais avec une insistance plus forte sur la réduction du poids de l'État et les économies budgétaires. Il défend un allongement de la durée de cotisation et un âge de départ qui pourrait dépasser 65 ans. Il est favorable à la capitalisation complémentaire et souhaite supprimer les régimes spéciaux restants.
Le RN défend un retour à 62 ans avec départ anticipé possible pour les carrières longues. Contrairement à la gauche, le financement ne reposerait pas sur une hausse des cotisations mais sur des économies budgétaires, la lutte contre certaines fraudes, la limitation des aides accordées aux étrangers et une réorientation des dépenses publiques. Le parti s'oppose à la capitalisation.
Roussel partage avec Mélenchon l'objectif d'un retour à 60 ans avec 40 annuités. Il insiste particulièrement sur la revalorisation des petites pensions à 1 200 € minimum et la prise en compte de la pénibilité des métiers manuels et ouvriers. Il rejette la capitalisation et défend le financement du système par la hausse des salaires et des cotisations.
Quel est l'âge légal de départ en retraite en France actuellement ?
Depuis la réforme de 2023, l'âge légal est fixé à 64 ans, avec une durée de cotisation de 43 annuités pour une retraite à taux plein. Cet âge est progressivement relevé depuis 62 ans. La quasi-totalité des candidats à la présidentielle 2027 se positionnent pour l'abroger, le maintenir ou le dépasser.
Pourquoi le système de retraite est-il souvent présenté comme déficitaire ?
Le solde du système est à l'équilibre à court terme mais les projections du Conseil d'orientation des retraites (COR) indiquent un déficit potentiel dans les années à venir, en raison du vieillissement de la population et du ralentissement de la croissance démographique. Ces projections sont toutefois conditionnées à des hypothèses économiques contestées.
La capitalisation pourrait-elle remplacer la répartition en France ?
Aucun candidat principal ne propose un tel remplacement. La capitalisation est évoquée exclusivement comme complément au système actuel par certains candidats de droite et du centre. La répartition reste le pilier de toutes les propositions présentées.
Qu'est-ce que la prise en compte de la pénibilité ?
La pénibilité désigne les conditions de travail difficiles (travail de nuit, exposition à des produits dangereux, port de charges lourdes, etc.). Sa prise en compte permet des départs anticipés pour les personnes exerçant des métiers pénibles. Le périmètre exact des critères retenus est l'un des points de désaccord entre les candidats.
Sources : programmes officiels des partis, déclarations publiques des candidats, rapports du Conseil d'orientation des retraites (COR), données INSEE · Mise à jour : juin 2026