L'énergie est au cœur de presque tous les grands débats politiques : pouvoir d'achat, industrie, écologie, souveraineté nationale et géopolitique. Lorsque le prix de l'énergie augmente, c'est toute l'économie qui est touchée. La guerre en Ukraine a rappelé à quel point l'accès à une énergie abondante et abordable constitue un enjeu stratégique.
La France produit environ deux tiers de son électricité grâce au nucléaire, ce qui la rend moins dépendante des énergies fossiles que ses voisins pour la production électrique. Mais elle reste très dépendante du pétrole et du gaz pour les transports, le chauffage et l'industrie.
Le nucléaire est l'une des principales lignes de fracture. Ses partisans soulignent qu'il produit peu de CO₂, garantit la souveraineté énergétique et assure une production stable. Ses critiques pointent le coût des nouvelles centrales, les déchets radioactifs, les risques industriels et les délais de construction très longs.
Contrairement aux années 2000, le débat n'oppose plus simplement nucléaire contre renouvelables. La vraie question est : quelle combinaison permet de produire beaucoup d'énergie, à bas coût, tout en réduisant les émissions de CO₂ ? Les divergences portent sur le rythme de construction des EPR, la place de l'éolien, la sobriété énergétique et le marché européen de l'électricité.
Tableau comparatif
Sujet
Mélenchon
Tondelier
Glucksmann
Attal
Philippe
Retailleau
Le Pen
Bardella
Roussel
Zemmour
Arthaud
Dupont-Aignan
Nucléaire
Sortie progressive
Conserver l'existant + transition
Développer + renouvelables
Relance forte EPR
Pilier central
Pilier + ralentir éolien
Développement fort
Développement fort
Maintien + maîtrise publique
14 EPR — pilier absolu
Contrôle public — transition collective
Pro-nucléaire — souveraineté
Renouvelables
Développement massif
Investissement massif
Développement simultané
Développement pertinent
Complémentaires
Éolien limité
Solaire + éolien limité
Solaire + éolien limité
Renouvelables + nucléaire
Anti-renouvelables imposés
Développement — contrôle public
Nucléaire prioritaire — renouvelables secondaires
Éolien terrestre
Développement
Développement
Développement
Développement
Développement
Moratoire
Limitation forte
Limitation forte
Développement encadré
Opposition
Développement — contrôle public
Limitation — paysages et communes
Marché européen électricité
Sortie / réforme
Réforme
Réforme
Réforme partielle
Maintien
Critique
Sortie partielle
Sortie partielle
Maîtrise nationale
Sortie — souveraineté
Sortie — contrôle public
Réforme — indépendance nationale
Sobriété énergétique
Prioritaire
Prioritaire
Importante
Secondaire
Secondaire
Refus contraintes
Refus contraintes
Refus contraintes
Maîtrise publique
Refus contraintes
Sobriété collective — pas austérité individuelle
Refus contraintes imposées
Rénovation énergétique
Plan massif obligatoire
Plan massif
Plan fort
Simplification
Incitations
Allègement contraintes
Aides ciblées
Aides ciblées
Plan massif
Incitations — pas d'obligation
Plan public massif
Incitations — pas d'obligation
Les lignes de fracture
Sortie progressive du nucléaire
Mélenchon
Planifier une sortie progressive sur plusieurs décennies, investir massivement dans les renouvelables et développer la sobriété énergétique comme priorité nationale.
Transition renouvelable prioritaire
Tondelier
Conserver le nucléaire existant le temps nécessaire tout en investissant massivement dans le solaire, l'éolien et la rénovation énergétique pour préparer une transition progressive.
Mix nucléaire + renouvelables
Glucksmann
Développer simultanément le nucléaire et les renouvelables pour une énergie abondante, décarbonée et indépendante des énergies fossiles.
Relance nucléaire forte
Attal · Philippe
Relancer fortement le nucléaire, accélérer la construction de nouveaux EPR2 et développer les renouvelables économiquement pertinents. Pilier énergétique pour la réindustrialisation.
Souveraineté énergétique nationale
Retailleau · Le Pen · Bardella
Développement fort du nucléaire, limitation des éoliennes terrestres, refus des contraintes énergétiques perçues comme pénalisantes. Retailleau va plus loin dans le moratoire éolien.
Énergie et maîtrise publique
Roussel
Maintien du nucléaire, développement des renouvelables mais avec une forte maîtrise publique du secteur énergétique. Refus de la privatisation d'EDF et du marché européen jugé défavorable.
Positions détaillées par candidat
Jean-Luc Mélenchon
La France insoumise
Mélenchon défend une planification de la sortie progressive du nucléaire sur plusieurs décennies, combinée à un investissement massif dans les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) et un programme fort de sobriété énergétique. Il veut réformer profondément le marché européen de l'électricité jugé défavorable aux consommateurs français et reprendre le contrôle public du secteur.
Tondelier veut conserver temporairement le parc nucléaire existant tout en investissant massivement dans le solaire, l'éolien et la rénovation énergétique, pour préparer une transition vers un système majoritairement renouvelable. Elle s'oppose à la construction de nouveaux EPR qu'elle juge trop coûteux et trop longs à construire pour répondre aux urgences climatiques actuelles.
Glucksmann défend le développement simultané du nucléaire et des renouvelables pour une énergie abondante, décarbonée et indépendante des énergies fossiles. Il souhaite réformer le marché européen de l'électricité pour permettre à la France de bénéficier pleinement de son mix décarboné. Il soutient un plan ambitieux de rénovation énergétique des bâtiments.
Attal défend une relance forte du nucléaire avec la construction accélérée des EPR2 et le développement des renouvelables là où ils sont économiquement pertinents. Il considère le nucléaire comme la colonne vertébrale du système énergétique français et un avantage compétitif pour la réindustrialisation. Il a soutenu le programme de nouveaux réacteurs lancé par le gouvernement Macron.
Philippe fait du nucléaire le pilier central du système énergétique français, garantissant une électricité abondante, compétitive et favorable à la réindustrialisation. Il veut accélérer au maximum la construction des nouveaux réacteurs, développer les renouvelables en complément et ne pas imposer de contraintes de sobriété aux ménages et aux entreprises.
Retailleau défend un développement massif du nucléaire et un moratoire sur les nouvelles éoliennes terrestres, dont il critique l'impact paysager et la rentabilité. Il veut défendre une politique énergétique fondée sur la souveraineté nationale et s'oppose aux contraintes environnementales pesant sur la production d'énergie. Il est favorable au développement du solaire.
Le RN défend un fort développement du nucléaire, une limitation des éoliennes terrestres jugées peu efficaces et inesthétiques, et une politique énergétique qui protège le pouvoir d'achat des ménages. Il s'oppose aux contraintes environnementales et souhaite que la France tire pleinement parti de son avantage nucléaire sur le marché européen de l'énergie.
Roussel défend le maintien du nucléaire avec une forte maîtrise publique du secteur énergétique. Il s'oppose à la privatisation d'EDF et critique le marché européen de l'électricité qui fait payer les Français au prix des énergies les plus chères. Il soutient le développement des renouvelables dans une logique de service public et veut protéger les factures des ménages modestes.
La France est-elle dépendante des énergies fossiles ?
Pour la production électrique, la France est relativement peu dépendante : environ 70-75 % de son électricité provient du nucléaire et 25 % des renouvelables, soit un mix très décarboné. Mais pour les transports, le chauffage et l'industrie, la France reste très dépendante du pétrole et du gaz, dont elle n'est pas productrice.
Qu'est-ce qu'un EPR2 et pourquoi met-il autant de temps à construire ?
L'EPR2 est un réacteur nucléaire de troisième génération, version améliorée de l'EPR. Les délais de construction des réacteurs nucléaires sont structurellement longs : 10 à 15 ans minimum. Les difficultés techniques (soudures, béton) rencontrées sur le chantier de Flamanville ont encore allongé les délais et les coûts. Les partisans estiment que la France doit lancer rapidement le programme pour avoir des résultats dans les années 2030-2035.
Pourquoi le marché européen de l'électricité fait-il débat ?
Le marché européen indexe le prix de l'électricité sur le coût marginal de la dernière centrale allumée, souvent une centrale à gaz. Cela signifie que les Français paient leur électricité (produite à bas coût par le nucléaire) au prix du gaz. Plusieurs candidats souhaitent réformer ce mécanisme pour que la France bénéficie davantage de son avantage nucléaire. Les libéraux défendent le marché unique de l'énergie.